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Un grand homme est parti

Yousoof Dauhoo, une institution mauricienne

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On m’a annoncé la triste nouvelle aujourd’hui. Yousoof est parti. L’Unique l’a rappelé, en cette fin du Ramadan, lui qui était souffrant ces derniers jours, et depuis quelques années déjà.

Yousoof était un frère, un ami, un complice. Il n’a jamais transigé sur ces idéaux : ami des exclus, des pauvres et des marginalisés, il m’a fait voir l’autre face – moins belle – du visage de la touristique île Maurice. Il aimait Maurice de tout son cœur mais détestait de la même façon l’hypocrisie et les compromis des politiques, des décideurs, qui, pour sauver la face justement, laissaient souffrir et mourir les pauvres de l’île.

Il avait la présence forte, sincère, belle. Concepteur et responsable de SOS Pauvreté, il était un combattant inlassable de la cause des démunis. Il était une institution à lui tout seul. Il n’avait de cesse de dire, de répéter – et à voix haute et forte – la priorité de ce combat : quel est donc le sens de la spiritualité et de l’humanisme si notre cœur est fermé à la souffrance quotidienne et ordinaire de nos semblables ?

Il ne le savait pas lui-même mais Yousoof m’a beaucoup appris. Inlassablement assis au premier rang de mes conférences avec son épouse Saajidah, il était fidèle, à l’écoute, présent, ami. Sa force et son engagement m’ont impressionné, ému… j’ai vu, aimé et appris. Ensemble, nous étions au front de ce « jihad contre la pauvreté » ! Il en était l’âme et la flamme.

Yousouf, tu es parti. Par trois fois déjà tu me disais triste et souriant : « Je ne serai peut-être plus là le jour où tu reviendras » Deux fois tu fus là, tu n’y seras plus la prochaine fois. Sache, mon frère, que si Dieu m’offre de revenir sur ta belle île Maurice, ma patrie d’adoption ; sache que je ferai en sorte in shâ Allah, avec notre fidèle compagnon commun Ehsan Abdool Rahman, de célébrer ta mémoire et de poursuivre ton combat. D’une façon ou d’une autre. De tout mon cœur, je prie pour toi. Avec mon amour, ma tristesse, et mes larmes en écrivant ces mots.

A Saajidah, tout particulièrement et avec cœur, à sa famille, à ses amis de SOS Poverty, à tous les Mauriciens, je transmets mes condoléances, profondes. Le pays a perdu un grand homme bien au-delà de ce que pourraient en dire les titres ou les medias. Mon ami est parti, mes prières le gardent.

Que Dieu t’accueille dans Sa miséricorde infinie. La paix soit avec toi, Yousoof, et mes prières. Et du fond du cœur, merci, pour ce que tu nous as donné, ce que tu nous as enseigné, pour ton courage, ta détermination et ton amour des pauvres.

Mon cœur t’aime, comme te le murmure ma peine.

Tariq Ramadan
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