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Moyen-Orient : Indépendance et Dépendance

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Toujours nos remerciements à S.H. qui nous propose de si fidèles traductions. Voilà celle d’un article de juin dernier qui reste d’actualité et qui annonce l’analyse de notre prochain livre en novembre proche : "L’islam à l’heure des soulèvements arabes" (Presses du Châtelet).

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Certains appellent cela le “printemps arabe”, d’autres, les “révolutions arabes” ; d’autres encore, plus prudents, emploient le terme neutre de “soulèvements arabes”. Il demeure difficile de vérifier, et d’évaluer, ce qui s’est passé et qui est réellement en train de se passer au Moyen-Orient. Un changement irréversible est clairement en cours, mais personne n’est en mesure de définir exactement ce qui ce passe dans ces manifestations de masse ou de prédire quelles seront leurs ultimes conséquences.

Il y a toutes les raisons d’espérer et d’être optimistes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA*), ainsi que partout dans le monde. Les populations arabes sont en marche vers la liberté, la dignité, la justice et la démocratie. Elles sont déterminées à regagner leur indépendance politique historique et visent la modernité et la démocratie. “L’Histoire est en marche”, affirme le président américain Barack Obama. Des centaines d’analystes politiques ont prédit un “avenir plus heureux”. Voilà de bonnes nouvelles ; le monde arabe est en train de s’éveiller.

Nous devons d’abord saluer le courage et la détermination des peuples tunisiens et égyptiens qui ont été les premiers à contester les dictateurs et leurs régimes corrompus. Les dictateurs se sont enfuis ; la voie vers une démocratie véritable et transparente est désormais libre. A présent, il est temps de mettre en œuvre les principes élémentaires et immuables : état de droit, égalité des droits civiques, suffrage universel, transparence, ainsi que séparation des pouvoirs. Des débats internes ont commencé tant en Tunisie qu’en Egypte au sujet du contenu de leurs constitutions respectives, des partis politiques, des élections, etc. Jamais auparavant, du moins durant le siècle dernier, on n’avait ressenti de manière aussi puissante une telle énergie positive, tant sur le plan social que politique, bien que tout demeure fragile et incertain.

Nous devrions être optimistes avec réserve : Ces bouleversements historiques ne sont pas en train de se produire dans le vide ; on ne peut les isoler ni des réalités économiques, ni de l’environnement géostratégique. La situation économique des deux pays est préoccupante ; il ne peut y avoir de processus démocratique véritable sans stabilité économique. Mais lorsque nous analysons les événements à la lumière de la stratégie occidentale - en en particulier américaine et européenne -, nous sommes tentés de réviser ou du moins de suspendre notre jugement. L’indépendance politique ne peut être obtenue qu’à condition qu’on procède à des réformes économiques qui mènent non seulement à la stabilité, mais également l’indépendance économique. Cependant, nous semblons nous diriger dans la direction opposée : l’engagement nouveau des Etats Unis et des Européens dans les pays du MENA - en mettant de côté des décennies de soutien aux deux dictatures, ainsi que la complicité effective - intensifiera la dépendance économique de la Tunisie et de l’Egypte. Avant qu’elles émergent en tant que démocraties, ces deux pays doivent être considérés comme des marchés ayant un fort potentiel à générer de vastes profits. Cela a toujours été le cas, mais le rôle de la Banque Mondiale et du FMI dans l’ère post-révolutionnaire est d’établir une structure de dépendance idéologique et économique sous le vernis de libertés démocratiques. Pour les pays pauvres du Sud, l’adjectif “libéral” n’a pas le même sens qu’en Occident, quand il s’agit de décrire la “démocratie” ou “l’économie” : la première pourrait bien se rapprocher de la “liberté”, mais la seconde implique un assujettissement inévitable.

Sommes-nous en train d’assister à des révolutions politiques inachevées allant de pair avec une régression économique ? Les pays impliqués finiront-ils par être des démocraties “contrôlées” ? Ou bien ont-ils fait l’expérience de révolutions qui ont simplement échoué ? Ces questions sont renforcées lorsque nous analysons la situation dans la région. La soi-disant communauté internationale fait l’éloge de la Tunisie et l’Egypte, tandis que les populations opprimées de Syrie, du Yémen et du Bahreïn semblent presque oubliées. Comment pouvons-nous expliquer pourquoi l’opposition libyenne (y compris tant de nouveaux dirigeants qui faisaient partie précédemment des plus ardents partisans du dictateur Kadhafi) est en train de recevoir une aide aussi inconditionnelle à destituer le régime, les forces de l’OTAN bombardant quotidiennement Tripoli ? Les manifestations de masse et le sang versé par les peuples arabes nouvellement re-catégorisés n’ont pas la même qualité ni valeur. La Tunisie, ainsi que l’Egypte, malgré des procédures apparemment démocratiques, demeurent sous contrôle économique et militaire. Les ressources de pétrole libyen sont tellement vitales que cela vaut la peine de prendre le risque de soutenir une opposition divisée et nébuleuse, même au prix du démantèlement du pays. Il semble que la Syrie, le Bahreïn et dans une certaine mesure le Yémen sont si critiques en termes géostratégiques, que leurs gouvernements sont libres de tuer des civils, ainsi que des manifestants non armés (trois mois se sont écoulés avant que l’ONU a commencé à réfléchir à adopter une résolution très timide contre le gouvernement syrien)**. Non seulement la couverture médiatique est différente (de CNN à Al-Jazeera) ; le langage politique s’avère assez élastique lorsqu’il s’agit de changer des régimes et de prôner la démocratie.

Les enjeux régionaux économiques et géostratégiques sont très élevés. De nouvelles formes de dépendance sont en train d’être établies et doivent être prises en compte. Des réformes politiques et économiques véritables et efficientes requièrent, pour aboutir à l’autonomie et à la justice, un profond changement dans les relations entre les pays du MENA et les Etats Unis ainsi que les pays européens. De nouveaux acteurs doivent être invités à participer à des dynamiques régionales. Reposant sur le partenariat Sud-Sud sur le plan politique et économique, le futur doit obligatoirement impliquer la participation active des pays d’Amérique du Sud, de la Turquie, la Chine, la Malaisie et même de l’Inde. Il n’y aura pas de “printemps arabe” effectif à moins de pouvoir déplacer le centre de gravité de l’ordre international politique et économique vers le Sud ou vers l’Est. Personne ne sait quand est-ce qu’un tel changement pourrait avoir lieu, mais il y a des signes indiquant qu’il pourrait déjà être en cours. Le soulèvement régional pourrait bien présager d’autres bouleversements, cette fois-ci au niveau international. Le temps est venu pour les peuples arabes de se montrer à la hauteur de ces espoirs et de faire justice à leur potentiel social, politique, culturel et économique. Ils sont riches ; ils se doivent d’être courageux et audacieux.

*MENA : acronyme de “Middle East and North Africa”

**version originale (en langue anglaise) de cet article publiée le 15 juin 2011

Tariq Ramadan
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LA MODERATRICE

8 Messages de forum

  • vivement le novembre prochain

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  • Moyen-Orient : Indépendance et Dépendance 27 août 2011 16:44, par Issam

    Très bon article, merci pour la traduction.
    Au sujet des futurs évènements, je suis curieux de voir comment cela va se passer, et particulièrement pour la Libye.
    Je souhaite voir un état de droit, démocratique et légitime se mettre en place.
    Le pays possède des ressources naturelles, et elles doivent d’abord contribuer au pays. Ma crainte est de voir que les pays occidentaux venus "libérer" la Libye pour la démocratie, finalement ne l’assujettissent sur le plan économique pour leurs propres intérêts...
    Et pour cela auraient-ils intérêt à la mise en place d’un gouvernement légitime œuvrant pour l’intérêt premier des libyens ? J’ai des doutes... On entendait Zemmour (Dieu sait que je ne l’aime pas) dire aujourd’hui sur BFMtv que le peuple Libyen était loin d’être une nation vu ses divisions ethniques, sous entendant je pense des difficultés à l’instauration d’un état stable.

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  • SALAMALEIKOUM

    Monsieur Ramadan, vous écrivez (...Il demeure difficile de vérifier, et d’évaluer ce qui s’est passé et ce qui est réellement en train de se passer au Moyen orient...)
    Reconnaissez donc que l’on ne sait pas grand chose par exemple de ce qu’il se passe en Syrie, contrairement à vos deux articles sur ladite !

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  • Moyen-Orient : Indépendance et Dépendance 28 août 2011 00:52, par Nadia

    Salam,
    Je soutiens la révolution tunisienne et la révolution égyptienne nous connaissons tous ces deux pays dirigés par des dictateurs complètement fous qui étaient au service des états unis et de l’Europe.

    Cependant concernant la Syrie et la libye le mystère reste entier personnellement il m’est impossible de me positionner la seule chose que je constate c’est que je n’aime pas que Sarkozy ou Obama soit disant sauveurs de l’humanité y mettent leurs nez et tuent avec leurs armes puissantes la population civil c’est ce qui se passe en Libye actuellement et c’est ce qui se passera en syrie si ils s’en mêle...
    ALLAH ou ahlem

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    • Il me semble que vous touchez là le coeur du problème. On a pu constater que les révolutions arabes se divisaient en 2 groupes du point de vue de ses soutiens français :
      L’egyptienne & la tunisienne & la yeménite & la barheinite
      La syrienne & la lybienne

      Les 2 premières ont reçu l’entier soutien du mouvement pro palestinien en France quant à l’autre, elle a créé une scission avec d’un côté le clan Meyssan Dieudonné Vergès qui s’est tout de suite montré dubitatif sur la légitimité des révolutionnaires (BHL y étant pour beaucoup ainsi que l’OTAN) et de l’autre ceux qui ont continué à soutenir ces révolutions comme ils l’avaint fait pour le premier groupe.
      C’est tragique bien sûr et cela montre à quel point le stalinisme en France est profondément ancré. On soutient Khadafi - Bachar au nom de leur prétendu anti sionisme même s’ils massacrent leur population (Bachar faisant aussi massacrer son armée par les Chabihas) . En gros, l’anti sionisme vous donne l’immunité pour massacrer qui bon vous semble. On avait observé le même phénomène lors de la tentative avortée de révolution en Iran. C’est une maladie française, ce déni de réalité qui frappe nos gouvernants (pas de massacre le 17 octobre 1961..) mais aussi les mouvements d’opposition. Que faire ?

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  • Moyen-Orient : Indépendance et Dépendance 13 septembre 2011 22:26, par lina

    Votre article,cher frère, reste d’actualité. Trouverons nous une solution au difficultés économiques entre les mains d’Erdogan qui rend , en ces jours-ci , visite au pays venant récemment de se libérer de leurs dictateurs sans pour autant pouvoir dépasser leurs soucis économiques ?

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    • Moyen-Orient : Indépendance et (...) 17 septembre 2011 07:39

      Salam

      Erdogan commence à jouer dans la cour des traitres, il fait mine de vouloir condamner fermement Israël mais il joue l’opportuniste en Lybie et veut s’attaquer maintenant à la Syrie, c’est un personnage assoiffé d’orgueil et qui espère aussi tellement que la Turquie entre dans l’UE

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appel international

à un moratoire sur les châtiments corporels,
la lapidation et la peine de mort dans le monde musulman.

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