J’ai lu votre livre que j’ai beaucoup aimé et qui m’a semblé un motif d’espoir, mais j’ai été très déçu par votre discours sur le racisme au Bourget lors du débat avec Robert Ménard. Vous étiez agressif et encore dans une position de victime. Ce qui se dégage, c’est une rancoeur , des reproches incessants à la France et aux français non-musulmans.
Vous dîtes que les français ont peur à cause de ce que les médias rapportent et de ce qu’elle est instrumentalisée. De quoi vient cette peur ?
1) Les non-musulmans ont peur à cause de ce que vivent les non-musulmans dans les pays musulmans. J’espère que vous n’approuvez pas Mr Doua quand il dit que les persécutions des minorités religieuses dans les pays musulmans sont de la désinformation. Vu l’expansion démographique des musulmans en France, les non-musulmans ne veulent pas subir ses agressions dans l’avenir. Je vous mets à la fin quelques liens vers ces persécutions.
2) Les non-musulmans ont peur du non-respect de la liberté religieuse (conversions interdites, mariages mixtes interdits, prosélytisme interdit).
3) Les non-musulmans ont peur à cause de la violence qu’ils subissent dans les banlieues : incivilités, agressions physiques, délinquance, violences urbaines,... Beaucoup de français non-musulmans n’en peuvent plus de subir le racisme anti-blanc dans certains territoires et doivent déménager pour trouver la sécurité. Vous me direz que c’est un problème social, je suis d’accord mais cela ne guérit pas les blessures des non-musulmans agressés. Cette violence subie par les non-musulmans alimente la peur. Je ne compte plus les fois où j’ai été insulté en passant dans le quartier par des jeunes inconnus à cause de mon apparence ethnique.
4) Le racisme se trouve aussi bien chez les non-musulmans que chez les musulmans. Vous voudriez faire porter la responsabilité du racisme aux seuls non-musulmans alors que la responsabilité est partagée. Je trouve que votre discours du Bourget et les réactions du public traduisent une position de victime, alimente la rancoeur, et légitime les violences que subissent les non-musulmans dans certains territoires. Ce discours n’est pas équilibré.
Votre discours réformateur de l’islam fait baisser la peur, mais votre discours communautariste sur le racisme l’augmente. Je ne combats pas le racisme dans ma communauté en accusant les musulmans des agressions que les non-musulmans subissent, mais en parlant de gens comme vous qui faites évoluer l’islam, ou en travaillant à améliorer les conditions sociales dans les banlieues par la mixité sociale, l’éducation, …
Vous pouvez réduire le racisme dans vos propres rangs, en arrêtant d’alimenter cette position de victime et d’accuser constamment les non-musulmans. Il y a des victimes du racisme dans toutes les communautés. Que les gens parlent des actes racistes subis , je suis d’accord. Mais s’ils ne parlent que de ceux-là, ce n’est pas juste. D’autre part, j’ai constaté que les faits rapportés par le public étaient tous anecdotiques. On ne juge pas un peuple sur quelques anecdotes. C’est du racisme. Un proverbe indien dit : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. » Il faut parler aussi du positif : des efforts culturels, sociaux, financiers que les français ont fait en accueillant les millions de personnes venues ces 40 dernières années, des millions de personnes ont été intégrées. Il faut parler de ces personnes qui cherchent à connaître les musulmans en essayant de comprendre les enjeux et leurs débats internes.
Il faut parler de tous ces petits gestes d’accueil, d’amitié et de vivre ensemble qui s’échangent chaque jour dans notre quotidien si nous ne sommes pas enfermés dans notre ghetto mental. Non, accabler l’autre n’est pas juste. Nettoyons chacun devant notre porte plutôt que d’accuser les autres. Le mal est souvent fracassant, alors que le bien est humble et persévérant.
La France permet à chacun de vivre la liberté religieuse. Paris ne s’est pas construit en un jour. Petit à petit, les conditions pour vivre votre foi musulmane s’améliorent. L’installation de l’islam en France se fera sur plusieurs générations. L’islam est nouvellement implanté en France et il ne peut exiger d’avoir tout, tout de suite. Vivez l’implantation de l’islam dans la patience et la sérénité, plutôt que dans la revendication amère et le ressentiment. Cela demande du temps.