Monsieur,
J’ai mis un point d’honneur à lire votre livre Mon Intime conviction, et je me permets de vous faire part de mon point de vue en toute humilité. Par avance, je vous prie d’excuser toutes mes erreurs d’écriture.
Je dois vous dire que je n’ai pas lu votre livre par hasard.
En effet, c’est votre propre frère (dont je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander le nom tant ma surprise fût grande) qui me l’a offert, suite à une courte conversation que nous avons eu lors d’un achat qu’il effectuait à Roissy au retour de Chine, en attendant son vol pour la Suisse ; conversation qui a eu pour sujet un tour de l’actualité mondiale, en dix minutes.
Qui suis-je ?
Je suis vendeuse, j’ai 53 ans, je suis catholique, baptisée au deuxième jour de ma vie ; la religion avait alors plus d’importance que la santé d’un nouveau né.
Je ne suis pas pratiquante mais je crois en Dieu.
Dès que j’ai été en âge de comprendre, j’ai personnellement connu l’obligation de me rendre à la messe le dimanche matin, foulard sur la tête ! Très jeune, je trouvais déjà cette contrainte paradoxale quand les hommes, eux, devaient ôter leurs chapeaux.
Sans connaissance littéraire, j’estime cependant que le manque d’études n’exclut pas la réflexion et par conséquent, je ne me conforme pas au point de vue dicté par les médias.
Je travaille dans un lieu que je qualifie de fenêtre du monde : je peux observer une multitude de catégories sociales, autochtones et mondiales. Je constate que les musulmans de souche sont tout-à-fait fondus dans cette masse.
Qu’est-ce que je pense de la religion musulmane ?
Je pense que les musulmans sont enfermés dans le devoir de la croyance et de la dévotion au même titre que les catholiques il y a un siècle et demi (pour certains pays développés).
J’ai parlé de vous avant même de lire votre livre. En premier lieu, à mes collègues libraires qui se sont avérés très critiques, mais dont l’opinion venait sans doute d’une lecture de commentaires. Je constate que leur jugement est faux ; trop d’individus se laissent manipuler par la presse... Le jugement individuel est une valeur rare.
Concernant votre livre Mon Intime conviction, je pense évidemment qu’il devrait être une bible pour les musulmans d’aujourd’hui.
Je le résumerais simplement en disant ceci :
Vous êtes un sage, qui comme tous les sages s’inspire de sa connaissance, de son mode pensée et de la vision du monde qui l’entoure pour tenter de faire évoluer ses semblables. Vous menez une très noble quête. Mais combien de temps pour que votre peine soit récompensée ? Je ne suis pas défaitiste, simplement je pense, réaliste !
Trop de liberté peut altérer le raisonnement de ceux qui n’y sont pas préparés, surtout si le conditionnement est présent.
Si vous me permettez, je pense que vous avez une vue générale sur le monde, mais je crois que vous oubliez un détail réel et actuel : la mobilité et l’information. Ces deux seuls éléments sont pourvoyeurs de très grand conditionnement, surtout face à des individus qui ne se posent pas ou peu de questions. Malheureusement, l’évolution de la société occidentale est à double face, il y a le côté progressif et le côté rétrograde.
Au 18ème siècle, Choderlos de Laclos a fait découvrir une réalité frappante à travers son livre Des Femmes et de leur éducation.
Au regard de ce qui se passe dans certains pays musulmans aujourd’hui, nous sommes devant une triste réalité, tellement semblable à la condition des femmes de cette époque. Si peu de choses ont changé depuis !
Peut-être que les femmes préfèrent endosser le rôle du faible plutôt que de se battre au péril de leur vie.
Je ne considère pas que ce soit à leur honneur, mais j’ai le plus grand respect à leur égard car, la peur peut justifier certains comportements.
Oui, il faut que les femmes musulmanes trouvent la force de s’affranchir du tutorat ; il faut qu’elles prennent conscience qu’elles sont les piliers de la vie, que l’homme « tout puissant » ne l’est pas tant que cela. Il faut que la peur ne soit plus le quotidien de ces femmes qui de tous temps ont été les instruments des hommes ; l’homme étant considéré comme le créateur.
Mais, qui engendre la vie ? Ne dit-on pas que : « derrière un grand homme il y a une femme » ?
Autant d’indices qui permettent de penser que l’homme en particulier se préoccupe de laisser une trace de son passage, mais pas les femmes.
Peut-être que les femmes n’ont pas besoin de voir leur non écrit sur un livre pour exister ? N’est-ce pas les mères qui sont par principe chargées de transmettre leur connaissance sociale et religieuse aux enfants et qui leur inculquent les bases de l’éducation ?
Je pense que les femmes veulent trop bien faire parfois et qu’en réalité, elles exagèrent dans le seul but de faire mieux que ce qu’on leur demande ! C’est donc bien par les femmes qu’il faut commencer ce travail de fond que vous évoquez, afin qu’elle deviennent « sujets et maîtres de leur destin » et que leurs esprits se libèrent des barreaux de la pensée unique. Le totalitarisme n’a jamais été un vecteur de liberté. La religion n’est pas la culture ! La mobilisation des femmes doit être sans faille pour que leurs droits soient reconnus et que le voile de cette contrainte soit levé !
Beaucoup de chemin reste encore à parcourir pour que chaque femme prenne conscience, se pose les bonnes questions et ensuite réfléchisse à son action pour que ça change.
Malheureusement, il s’est avéré que ce sont des françaises fraîchement converties à l’Islam, « de pauvre filles » sans réel but dans la vie et non pas des femmes profondément musulmanes, qui ont décidé de défrayer la chronique en déambulant dans la rue en burka, conscientes des effets que leur action pouvait susciter. Cela ne va pas dans le sens de l’évolution tant souhaitée... Il est évident que leur but est seulement de choquer ! L’excès a toujours été le moyen de se faire remarquer ! Mais à quel prix ?
Peu de femmes musulmanes s’aventurent dans la rue ainsi vêtues.
Pourquoi converti-t-on à tout prix ?
L’homme ! Toujours l’homme !
Pourtant, les femmes sont tout aussi dotées de raisonnement et de discernement. Pourquoi diable n’en font-elles pas usage ?
J’ai commencé à lire L’Islam sans soumission d’Abdennour Bidar (que je n’ai pas terminé) avant d’avoir connaissance de votre livre. J’ai arrêté ma lecture non pas par dénigrement, mais parce que cet ouvrage très philosophique est destiné aux musulmans uniquement. Cependant, j’admire le mode d’expression, et le souci d’être à la porté de chacun.
Votre livre comme le sien, je les ai conseillé et je continuerai de le faire. L’art du verbe écrit par un musulman, je l’ai découvert en lisant les Roubaïates, d’Omar Khayyam.
Plus que quiconque les musulmans ont l’art de contourner la censure. Bravo !
Merci infiniment pour le temps que vous aurez accordé à me lire.
En réalité, j’avais presque rédigé un roman, mais cela aurait été bien trop ennuyeux ; aussi, je me suis ravisée et j’ai résumé.
Je vous prie de recevoir Monsieur, l’expression de mon plus grand respect.
Marie Rodrigues